7ème Festival Ondes d’Intégration de Bakel : Diversité et voisinage dans une belle alchimie

Petit à petit, le Festival «Ondes d’Intégration» de Bakel fait son nid. Cette rencontre culturelle sous-régionale, qui s’est tenue du 15 au 18 janvier, est un véritable ciment entre le Sénégal, le Mali, la Gambie et la Mauritanie. Une belle expérience en devenir.

Sept ans d’âge, la belle période, celle de la reconnaissance dans une certaine mesure. Celle de la noce de laine, si on résonne en terme de mariage. Mais pour ce coup-ci, on évoque le marketing culturel, avec un produit qui, de plus en plus, commence à se faire connaître, à se consolider. Une bonne chose, car « pour porter et faire fleurir le Festival Ondes d’Intégration (Foi) », il faut avoir foi, car les choses ne sont pas toujours faciles », comme aime à le dire Bakary Diakhité, le coordonnateur de cette rencontre culturelle sous-régionale. Durant 3 jours, le Gadiaga a offert ce qu’il a de plus beau, de plus authentique, de plus vrai : sa culture. De partout, les populations ont convergé vers la Place de l’Indépendance de Bakel pour partager avec le Sénégal, leurs connaissances endogènes. Ce fut beau. Et cette approche donne raison au Garde des Sceaux et ministre de la Justice, Sidiki Kaba qui était venu présider ces festivités.

Ce dernier a eu des mots forts pour qualifier ce festival : « Il n’y pas de respect dans l’ignorance, il faut connaître l’autre et apprendre après à être révérencieux à son égard », a soutenu Me Kaba. Un fait saute à l’œil : ce Sénégal-là est riche de toutes ces diversités qui la composent. C’est dans la différence que réside la richesse. La standardisation n’est qu’ennuie, monotonie à la limite. C’est pourquoi nous avons vécu 72 heures intenses, où le Gadiaga a montré son savoir-être et son savoir-faire. Le beau ne semble avoir de sens, ici, que s’il est instructif, vecteur de certaines valeurs et leçons. C’est ainsi qu’on a aimé voir ces gracieuses et pudiques femmes qui ont montré leur tradition. On s’est pris d’amitié avec ces griots, à la chorégraphie énergique, qui, à travers des chants truffés d’hyperboles et des pas de danse, envoyaient des messages profonds. Le bon voisinage, la gentillesse, l’entraide sont autant de questions mises au goût du jour par les artistes.

On a également pu admirer la précaution du vautour, qui rôde autour des cadavres, dans la danse du charognard. L’assistance fut séduite. Durant ces jours, on voyait la déclinaison des coutumes qui foisonnent dans cette partie du pays. Dans ce monde où règne l’inculture et l’intolérance, nées la plupart de la méconnaissance de son prochain, ces genres de rencontres deviennent bénéfiques. Elles cimentent les relations entre communautés. Au total, souligne Abdoulaye Bomou, directeur de la radio Jiida Fm, structure organisatrice de ce festival, « il y a eu pas moins de 105 groupes au début qui étaient en compétition et au finish, une quarantaine s’est produite ».

Leila Goby et la troupe du Nord Mali-Gao-Tombouctou égayent vl’assistance

La diversité s’est aussi matérialisée par la double prestation de la voix venue du Nord Mali, Leila Goby. En effet, contrairement à l’an dernier, où elle a joué en playback, durant cette 7ème édition, Leila Goby a offert de belles prestations avec son orchestre. Tout y était. La grâce, la préstance. Mais malheureuse, il faut le déplorer, la sonorisation pour un événement de cette envergure, faisait des siennes par moment. Leila Goby est née en décembre 1984 à Menaka, région de Gao, au Nord du Mali. Descendante d’une grande famille de Tamasheq, peulh et sonrai de son vrai nom Leilata Ahimidou est originaire de la cité des Askias. C’est peut-être ce qui justifie sa participation à une mélodie pour la paix aux Nord Mali. En effet, elle incarne la diversité dans son pays. Ce projet intitulé la « Paix en bleue » est enregistré avec la collaboration de trois autres artistes maliens Bintou Alzoumaagte, Kiss Dioura et Mylmo. Ils chantaient la bienvenue à la Minusma, la force des Nu au Mali.

Les régates et les cavaliers : de beaux moments de communion

Quand on assiste à ces régates le long du fleuve Sénégal, on se rend compte que ces peuples qui ont essaimé le long de ce cours d’eau, sont identiques en culture. Comme les pays qui ont en commun le fleuve Sénégal et son organisation de mise en valeur (Omvs), ces populations vivent en harmonie. C’est dans ce sens que pour cette 7ème édition, le fait marquant fut, sans conteste, ces régates. Des piroguiers appartenant à l’ethnie Bosso, ont pris départ sur les berges de la Mauritanie pour arriver du côté du Sénégal, le tout avec la bénédiction d’une cantatrice malienne. Une artiste dont la voix résonne dans les deux pays, c’est-à-dire de part en part du fleuve, envahi par des populations venues assister à l’événement. L’autre coup de cœur de cette édition demeure la prestation des cavaliers à la Place Bocar Cissokho (un instituteur de formation, féru de culture de la ville de Bakel). Ici, on a pu voir la complicité entre un homme et son cheval. Le dialogue est surréaliste. La communion est totale, et cette image tant dans l’union que pour l’esthétique est un plaisir.

En suivant ces activités, M. Hamed Diané Sémega, ancien ministre malien des Infrastructures, a qualifié cette manifestation, comme un événement central entre ces peuples. Selon lui, la préservation du patrimoine culturel est d’une importance capitale, c’est un repère.

Bakary Diakhité, coordonnateur du festival Ondes d’intégration : « Notre souhait, allier tourisme et culture »

Les racines permettent de se tenir bien droit afin de s’ouvrir à l’autre. C’est ce qui motive Bakary Diakhité, coordonnateur du festival, qui ne rate jamais une occasion de magnifier l’importance de la culture. Pour cette 7ème édition, le bilan est positif et dans une vision prospective, il pense que ce festival sera une activité incontournable.

Cette image est usuelle. Au plus fort de la prestation des artistes, le coordonnateur, Bakary Diakhité, s’extirpe du public et se laisse aller avec ses pas de danse. Il s’en donne à cœur joie, pour se rappeler d’où il vient et, en même temps, magnifier cette tradition soninké qui ne la quitte jamais.

A l’heure du bilan, M. Diakhité dit toute sa satisfaction, avec cette belle brochette d’autorités, qui a fait le déplacement. Outre le ministre Me Sidiki Kaba, l’ancien Premier ministre Aminata Touré s’est fait représenter, des directeurs généraux sont venus rehausser de leur présence ce festival de même que des autorités maliennes. L’avenir de cette manifestation se pare de couleurs, pense-t-il. Néanmoins, « il nous faudra des appuis, et cela commence bien avec la Fondation Sonatel, car l’organisation est très lourde et l’Etat est absent ».

A l’horizon 2020, le coordonnateur pense que cette manifestation sera inscrite dans le calendrier culturel sénégalais. Au-delà, « nous travaillons sur la mise sur pied d’un village du festival pour tous les touristes, qui voudront faire le déplacement ». Dans son entendement, il s’agira de faire un lien entre tourisme et culture, et faire bénéficier à Bakel de ses diversités ethniques, linguistiques et autres qui la composent.

Présence du ministre de la Culture à la prochaine édition

La régularité est maintenant de mise avec cette manifestation qui, de plus en plus, draine un nombre considérable de participants. Pour faire face à cet ampleur à venir, il est prévu, selon M. Diakhité, « un package qui sera vendu aux tours opérateurs car ce festival va inexorablement vers la professionnalisation ».

Mais les organisateurs regrettent l’absence du ministère de la Culture. Ainsi, pour la prochaine édition, avoue le coordonnateur, « nous voulons la présence du ministère de la Culture, car depuis le début, il est saisi, mais il ne s’implique jamais de manière permanente ». Du point de vue de la participation, les artistes se produisent gracieusement, car ici, on est plus dans le bénévolat. Même pour le transport, avoue le coordonnateur, les différents festivaliers viennent par leur propre moyen. Dans leur perception, ces derniers pensent que « le Sénégal est pluriel et il est important de montrer sa culture à tout le monde ».

D’un autre côté, les organisateurs informent que les charges incompressibles tournent entre 30 et 35 millions de FCfa. C’est pourquoi tout appui sera le bienvenu.

Au début, je n’y croyais pas….

Quand il parle des débuts de cette rencontre culturelle sous-régionale, M. Diakhité ne peut éviter de souligner qu’au début, il n’y croyait pas trop. A l’entame, « c’était une activité pour permettre à la radio Jiida Fm de renflouer ses caisses et je donnais seulement des appuis ». À la troisième édition, il fut choisi et contraint d’être parrain. « Je décidais enfin de venir à Bakel et je fus séduit par le travail abattu par les organisateurs, et à partir de ce moment, j’ai décidé d’être davantage plus présent », se rappelle M. Diakhité. Ainsi, le coordonnateur a pris conscience de la nécessité de montrer les différentes prestations lors du festival à tout le monde. Car, dans sa compréhension, comme l’acronyme de cette manifestation (Foi), « je commençais à avoir une foi inébranlable à ce festival ». Et son objectif est simple : « il faut gommer les frontières dans la tête des gens d’autant qu’entre les communautés du Sénégal, de la Gambie, du Mali et de la Mauritanie, « nous avons une même histoire et sommes un peuple identique ». Dans cette même veine, pense aussi M. Diakhité, « la balkanisation du cœur et de l’esprit est très dangereuse, c’est pourquoi nous devons nous retrouver autour de l’essentiel ».

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