La teinture: un artisanat mauritanien

La teinture est l’une des plus anciennes activités artisanales des Soninkés. Si, aux Xème et XIème sciècles, la teinture à l’indigo naturel était pratiquée sur des cotonnades locales, elle se pratique maintenant surtout à l’aide de colorants artificiels et sur des tissus importés. Elle n’est plus, non plus, l’apanage de la seule communauté soninké.

Petite histoire de l’indigo

Au cours d’un conférence sur le sujet, l’universitaire M’Bou Seita Diagana revient sur ce qui fait la réputation de la teinture soninké, ce bleu d’Afrique, l’indigo.

Issu d’une plante sauvage mais qui a été entretenue voire même cultivée par les femmes, l’indigo est à la base de la culture de la teinture, « gara » en langue soninké. Quand on pense gara on pense à Kaëdi, cependant, son apparition date de l’apogée de l’Empire du Ghana vers les Xème, XIème siècles.

Toutefois, ce n’est que plus tard que le commerce s’est réellement développé et ce, de manière très organisée. Au travers de cadeaux faits aux femmes des rois, une forme de publicité était faite. Les autres femmes, par identification aux classes supérieures, ont également voulu ces mêmes étoffes teintes, le commerce était lancé. Pour en garder l’exclusivité et protéger l’industrie naissante, il leur a suffi de prétendre que le travail de l’indigo rendait aveugle. De cette façon, la teinture soninké s’est imposée dans toute la sous-région.

Colorants, du naturel au synthétique

La teinture indigo s’obtient à partir d’une plante, l’indigofera tinctoria, dont les feuilles sont pilées, mises en boules puis séchées. Lorsque l’on veut l’utiliser, on émiette dans de l’eau et on laisse fermenter. On y ajoute ensuite un extrait de racines d’un autre arbre, lui aussi préalablement fermenté. Le tout doit encore fermenter pendant plusieurs jours.

Ce procédé traditionnel est aujourd’hui de moins en moins utilisé. Il est suplanté par les teintures synthétiques et des produits industriels comme la soude caustique et l’hydrosulfite de sodium dont l’utilisation sans protection adéquate n’est pas sans danger.

Les tissus sont ensuite trempés à plusieurs reprises dans une ou plusieurs couleurs, rincés puis sechés.

Techniques: les motifs

Les motifs ne sont pas laissés au hasard, chacun d’eux porte d’ailleurs un nom et a un sens. Ils ne sont pas pour autant figés, les teinturières soninkés en créent sans cesse de nouveaux qui sont parfois le support d’une expression engagée.

L’obtention de ces motifs se fait par la technique de la « réserve ». On empêche la teinture de pénétrer dans certaines parties du tissu par des noeux ou des coutures. Certains motifs complexes demandent de longues heures de couture.

Une fois teints, les coutures sont enlevées pour laisser apparaître les motifs. Les tissus sont ensuites frappés pour leur donner un aspect brillant.

Résultat

Au final, des tenues très colorées qui font la réputation de cet artisanat qui s’est d’ailleurs étendu aux autres communautés de la Mauritanie. Bien que revêtant des formes différentes, les tenues traditionnelles des différentes populations du pays recourent à des techniques similaires qui sont devenues un patrimoine commun.

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