Mali – Nioro du Sahel: lancement du projet d’expansion de la stratégie de scolarisation accélérée

Le Projet d’expansion de la stratégie de scolarisation accélérée/passerelle (SSA/P) a été lancé, vendredi, à l’hôtel « Guétéma City » de Nioro du Sahel. Le SSA/P est une alternative d’apprentissage accélérée de 9 mois permettant aux enfants (garçons et filles) âgés de 8 à 12 ans non scolarisés et déscolarisés précoces d’être transférés en 4è année de l’école fondamentale.
Le Projet récupère ces types d’enfants, leur dispense des cours accélérés dans les centres afin de les reverser dans le système éducatif.
Initié en 2004 au Mali par la Fondation « Stromme » de l’Afrique de l’Ouest, en collaboration avec le gouvernement, à travers le ministère de l’Education nationale, le SSA/P couvre trois pays : Burkina-Faso, Mali et Niger. Dans notre pays, la SSA/P couvre 70 communes des Régions de Kayes et Ségou pour 40 mois (mai 2016-août 2019). De 2005 à 2015, c’est à dire en 10 ans d’expérimentation et de mise en œuvre, le Projet a permis d’amener et de ramener sur le chemin de l’école 119.105 enfants perdus par le système éducatif.
La stratégie entend contribuer à accroitre de 3% le taux brut de scolarisation dans ses zones d’intervention. Pour atteindre cet objectif, la SSA/P cible, dans les trois prochaines années, l’inscription de 18.750 enfants âgés de 8 à 12 ans dans 750 centres, soit 250 centres chaque année. Après cette formation de 9 mois dans ces centres, les enfants seront transférés dans les classes de 4è, 3è et 2è année de l’école fondamentale.

Bref, le Projet d’expansion de la stratégie de scolarisation accélérée/passerelle au Mali donne une seconde chance à 18.750 enfants âgés de 8 à 12 ans exclus du système éducatif ou n’ayant pas eu la chance d’y accéder. Il permettra enfin de renforcer les capacités des acteurs locaux et d’améliorer la qualité du programme de la SSA/P. Avec ces 250 centres ouverts dans les Régions de Kayes et de Ségou, ce sont 6784 enfants dont 3376 filles qui se préparent et attendent d’être transférés en 4è, 3è et 2è année du cycle fondamental.

Les centres seront gérés par 262 animateurs, 25 superviseurs et 6 coordinateurs recrutés et formés en méthodologie et en pédagogie de la SSA/P. Les Ong « CAEB » « RAC », « Stop Sahel », « ACEF », « APSM » et « AMPDR » intervenant dans les Régions de Kayes et de Ségou sont les acteurs de mise en oeuvre de ces centres.
Situé à 432 km de Bamako, le cercle de Nioro du Sahel est composé de Maures, Soninkés, Peulhs et Bambaras. Le cercle compte 32 032 enfants non scolarisés et déscolarisés. Ici, le mariage précoce, la pauvreté, l’exode rural, l’éloignement de l’école de la maison, les travaux domestiques (pour les filles), champêtres (pour les garçons), le manque de cycle complet pour certains enfants sont les principales raisons de la non scolarisation et de la déscolarisation de ces enfants. A cette liste, s’ajoutent l’influence de la religion musulmane, les violences faites aux femmes, les pesanteurs socio-culturelles et le coût élevé des études pour certains parents d’élèves. Beaucoup d’enfants de Nioro sont des talibés qui errent dans les rues pour quémander. C’est compte tenu de cette situation du cercle que le lancement officiel du Projet a eu lieu à Nioro du Sahel.
Dans son allocution, le directeur régional Afrique de l’Ouest de la Fondation « Stromme », Zakariya Abdou, a rappelé que le Conseil d’orientation (CO) des ministres en charge de l’Education, tenu en août 2016, avait pris d’importantes décisions sur la SSA/P. Le transfert du projet dans le système éducatif de base des Etats membres a été l’une des décisions phares de ce Conseil d’orientation. Ajoutant que cette décision a été prise à la place d’une gouvernance institutionnelle autonome, Zakariya Abdou a indiqué que ce choix stratégique permettra d’intégrer la formule dans les orientations stratégiques des pays en matière d’éducation de base.

Il a, par ailleurs, soutenu que ce transfert est un partenariat public-privé, une exigence de résultats vis-à-vis des Ong partenaires, une disponibilité d’Ong compétentes à l’échelle nationale, la protection de la formule contre le piratage, l’amélioration du circuit par chaque Etat, la mobilisation des Partenaires techniques et financiers (PTF) et la planification de la SSAP vers les zones à forts taux de déscolarisation précoce et à faible taux de scolarisation.

Dans son allocution, le ministre de l’Education nationale, Kénékouo dit Barthélémy, a rappelé que la SSA/P est une composante du Programme d’appui à l’enseignement fondamental (PROF). Il est financé à 100% par l’Union européenne (UE) pour un montant de 4,5 millions d’euro soit plus de 29 milliards de Fcfa. En outre, le ministre a précisé que la SSA/P contribue pour une amélioration significative du taux de scolarisation des enfants au primaire en vue de l’atteinte de l’Education pour tous (EPT) et des objectifs du développement durable (ODD).
Kénékouo dit Bartélémy Togo a aussi relevé que selon les résultats d’une étude, le nombre d’enfants hors écoles âgés de 7 à 15 ans s’élève à 1.615.022 dont 879.298 filles. Ceux qui sont dans une situation de risque d’abandon sont au nombre de 169.599 enfants, dont 75.941 filles. Ces enfants constituent une couche importante à prendre en compte dans les stratégies de scolarisation si nous voulons atteindre la scolarisation primaire universelle, dira le ministre de l’Education nationale.
S. Y WAGUé

Source : L’Essor

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