La célébration de la Tabaski en pays Soninké

Dès l’aube, ls garçons détachaient les béliers et prenaient la route du fleuve. C’est la fête du mouton. Les berges du fleuve devenaient alors un lieu de concert de bèlements. Le mouton se voyait à perte de vue. Chaque maison pouvait avoir en son sein quatre voire cinq béliers. Chaque adulte qui avait les moyens se payait un bélier pour le sacrifice. Les groupes de jeunes descendaient ainsi avec une horde de béliers au fleuve et snobaient leurs copains qui en possédaient qu’un seul.  » Le leyia «  ( Mouton de sacrifice ) devait être gros et gras. Enfant, j’avais une chance inouie. Mon grand père avait toujours le plus gros mouton de la ville. Etant Imam de la mosquée et devant présider la prière de l’Aïd, il devait toujours trouver un mouton à la hauteur de l’évênement. Plus souvent, ce mouton était un  » Batundo ». Il avait un élevage de mouton de bonne race. Annuellement, les brebis mettaient bas de jolis agneaux. On les nourrissaient et les entretenaient quotidiennement. On savait tous que ces moutons devaient être à la hauteur avant la fête. Pendant deux ans, les  » Batundo «  avaient le droit de circuler dans la maison et mangeaient à leur guise.

Du mil, de bonnes herbes, des feuilles de patates et de maïs faisaient souvent leur régal. Ils devenaient gros et gras. On leur donnait souvent des noms tels que : Diambar, Lion, Malick, Almoudo… Ces moutons faisaient partie intégrate de notre vie. Nous snobons nos copains qui n’avaient pas la chance d’avoir de gros béliers chez eux. Généralement, leurs parents se contentaient d’avoir un mouton moyen sans caractéristiques particulières. Au fleuve, pour marquer les esprits, nous détachions les gros béliers et s’adonnions à des « battles «  de moutons. Les chocs étaient violents. Certains béliers perdaient leurs cornes. Nous rigolions et chambrions les propriétaires des moutons déchus. Un moment de pur délire. Nous lavions les moutons en rigolant, en se baignant et en se chamaillant. Les plus moqueurs pointeront du doigt les maigres moutons ainsi que les brebis. Ce serait une suicide de descendre avec une chèvre le jour de la Tabaski. Quelques heures plus tard, nous rentrions chez nous et nous nous preparions pour la grande prière matinale de « l’Aïd el Kébir ». Un festival de grands boubous. Pendant que les uns mettaient des  » Sabador Ganila «  bien brodés, d’autres plus humbles se contentaient de  » Sabador  » en Wax ou en  » Tergal ».

Nous nous donnions rendez-vous à la grande porte de la maison où l’Imam nous attendait. Le plus grand de la bande détachait le bélier et les jeunes prenaient des tapis de prière. C’est le départ du cortège. Derrière l’imam, nous récitions quelques versets du Coran jusqu’à notre arrivée au lieu de prière. Dès que nous arrivions, le muezzin appellait à la prière. Nous attachions le gros bélier qui faisait notre fierté. Nous assisitions à la prière de l’Aïd et prenions des photos pour immortaliser l’évênement. A la fin de la prière l’imam égorgeait son mouton et donnait l’ordre aux autres adultes d’en faire autant. C’est la course vers la maison. Nous mettions le « Léyia » dans une pousse-pousse et nous nous précipitions d’aller égorger ceux des grand-mères. Pendant que nous dépêchions les moutons, les femmes et les jeunes filles préparaient les fourneaux en même temps que d’autres succulents mets. Nous mangions le  » Lakha «  en attendant les grillades. Ce jour là, la viande n’a pas de prix. Elle était partout et en quantité. Dehors, dans les maisons voisines, les bassines de viande se voyaient partout. En guise d’aumône ou d’amitié nous échangions quelques parties de nos moutons avec les voisins et parents. Les mariés donnaient toujours la patte droite à leur belle famille. Les plus pressés défilaient entre les maisons pour présenter leurs  » Douas «  et profitaient de ces instants pour demander pardon au voisinage. Des  » Xa kébiré Waga, Waga do siné Guébé » fusent de partout. Tout le monde était content à la Tabaski sauf les malades. On leur disait  » An sale goubé » ( Tu as raté ta fête ). Souvent, les plus gourmands se reveillaient le jour de la Tabaski avec des maux de dents. Ils devenaient la risée de leurs amis. Vers midi, les femmes s’affairaient autour du repas et partageaient le dejeuner par tranche d’âge. C’est le « Wansso ».

Vieux, femmes et jeunes mangeront avec leur classe d’âge ( Feede ). Les garçons anemaient leur repas au siège de leur bande. Les plats arrivaient petit à petit. Généralement, tout le monde mangeait avant les garçons. Ces derniers regroupaient tous les plats avant de manger. Ils attendaient tous les membres du groupe. C’est un rituel à ne pas manquer. C’est un moment de pur délire. Nous nous moquions des plats bizarres. Certains jeunes refusaient d’amener de bonne heure leur « wansso » pour ne pas essuyer les rayeries de leurs camarades. Les plats qui n’étaient pas bien garnis en viande ou qui n’étaient pas au goût des jeunes seraient conservés pour les affamés du soir… Les garçons se cotisaient entre eux pour acheter des caisses de boisson. On se lançait également des défis par exemple  » Boire du Coca Cola sans faire de pause ». Un Tabaski, un copain crût pouvoir boire un litre de coca moyennant 5000 FCFA sans aucune pause. Il pensait empocher la somme facilement. Malheureusement, il a fini sa fête à l’hopital. Son nez et ses autres canaux d’évacuation coulaient à flots. C’est un défi mais comme dit l’adage  » Tout excès est nuisible « . L’après midi, nous nous habillions en tenue africaine et investissions les maisons voisines à la recherche d’étrènnes. Quand nous étions enfants, nous pouvions faire le tour de la ville à la recherche de  » Sali Kougnidé« . Certes l’argent était la principale motivation mais nous profitions de ces moments pour nous amuser. Tout prétait à la rigolade. Une personne mal habillée, les fous de la ville, les idiots et les mascottes de notre propre groupe étaient nos cibles. On nous chassait de quartier en quartier et certains membres de la bande se faisaient tabasser. Vers dix neuf heures, nous rentrions au quartier et allumions les radios s’il y en avait une bien sûr. Nous jouions aux cartes pendant que le plus petit du groupe s’occupait du thé ou du « Sobla » (Lait). Nous guettons également les jeunes filles pour les draguer. Elles commençaient toujours leur ronde en début de soirée. Elles avaient leur cible. D’une horde de garçons à une autre, elles demandaient les étrennes en mettant en valeur leur charme. Les pauvres garçons les couvraient de billets et profitaient pour les inviter à leur soirée dansante. Le jour de la Tabaski, toutes les filles sont belles. On leur disait  » Nice Goudi  » (Mot anglais+ wolof – Belles de nuit). Habillées en tenue africaine, elles représentaient toutes la beauté de la femme africaine. Certaines profitaient d’ailleurs de ces moments d’élégance et de raffinerie pour charmer les garçons de leur choix.

Bakel.info

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