Autour d’un thé

Le Calame – Chez nous, il y a des choses qu’on dit et dont je ne sais même pas si l’on peut les dire sans risque de tomber en l’enfer incandescent d’Allah, pour apostasie. En fait, beaucoup de choses à la fois, qu’on dit, qu’on fait, qu’on tait. Par exemple : lire la Fatiha dans l’oreille d’un âne.

Autrement dit, sans aucune chance, vraiment aucune, d’être entendu ou compris. Comme un prêche dans le désert. Ou les aboiements d’un chien, au passage d’une caravane. Mais, vous savez, c’est quand même un peu utile, parfois. Parce que les murs ont, généralement, des oreilles. Et le plus grand menteur, aujourd’hui, est celui qui ose prétendre que Nouakchott est encore en manque de murs, aujourd’hui.

Les preuves du contraire pullulent : ceux de l’immeuble flambant neuf de la SNIM ; à juste quelque dix mètres, les murs d’un autre immeuble puis, encore juste à quelques dix mètres, ceux du nouveau marché de la capitale puis, toujours juste à quelques dix mètres, ceux, en construction, de feu l’ancien escadron de la gendarmerie, puis, à peine plus loin, entre dix et cinquante mètres, les murs de l’ancienne école « Justice », ceux, tout neufs, de l’ancienne école « Marché », puis ceux de l’ancienne école 7, et tant d’autres jolis murs, juste derrière l’école de police, derrière le stade, derrière et devant tutti quanti…

Les oreilles de tous ces murs ne peuvent pas ne pas avoir entendu que les éleveurs nationaux ont conduit leurs troupeaux vers le Mali et le Sénégal. Alors qu’on a renvoyé, attendez un peu, les pêcheurs sénégalais chez eux, bredouilles, sans poisson. Les voilà donc dans l’impossibilité de préparer leur irracontable Tiéboudiène.

Et s’ils répondaient à « l’exemple », en renvoyant nos animaux chez nous, tout maigres, tout affamés ? Alors où le tagine, le méchoui gras et le couscous bien assaisonné, sans qui n’existeraient plus aucun gros ventre, aucune randonnée en brousse, ni mariages secrets, ni de civils ni de militaires.

Il ne faut pas être ringard. Il faut savoir prévoir. « Celui dont les frères sont dans le ghazzi ne peut être frappé au campement ». Rien à voir avec les murs, ni avec le poisson, ni avec la viande. Le directeur de l’ENER l’a appris à ses dépens. Il ne faut pas faire la « Pers », quand tu n’es pas bien adossé…à un mur. La preuve.

Ce qui se passe, depuis quelques temps, au sein de l’administration, est une parfaite illustration de la belle expression d’un écrivain américain : « l’irresponsabilité organisée », ou comment noyer les petits et laisser circuler les grands.

Il ne faut jamais remonter trop haut. Juste un bouc émissaire, à expédier à l’échafaud, pendant que les vrais gros responsables se délectent de leur sadisme, de leur lâcheté et de leur irresponsabilité organisée. Il ne faut pas remonter trop haut, dans les affaires, pas plus de drogue que de gré à gré ou de détournement. « Qui allonge le noctambulisme rencontre un visage sans nez ».

Quand, toi, tu viens, tu conjugues parfaitement bien le verbe manger, au sens de détourner, tous deux, au demeurant, du premier groupe. A toutes les personnes : je mange. Tu manges. Il mange. Nous mangeons. Vous, vous là-bas, mangez. Ils mangent. Puis tu pars. C’est du passé. Plus exactement, de l’accompli : C’est maintenant que j’ai mangé. Il a mangé. Nous avons mangé.

N’en parlons plus, « ce qui est passé est passé ». Seul le présent compte. Le détournement, c’est comme la loi, il n’est pas rétroactif. Voilà comment les anciens DG de l’ENER, sous couverts d’anciens ministres de l’Equipement, restent sains et saufs. Les rapports compromettants de l’Inspection générale de l’Etat sont à classer sans suite.

L’essentiel est que le chapeau ait été enfilé sur une tête qui lui va bien. Il faut maintenant tirer les branches, faire disparaître les traces de l’inconvenance, de l’incommodité et de la malversation. Et, comme l’union fait la force, on y pense maintenant.

Mieux vaut tard que jamais. Allons-y, pour sceller un bon et heureux ménage, entre l’ENER et l’ATTM. Très bonne union, avec bonheur et beaucoup de petits enfants ! Irresponsabilité organisée, développement du sous-développement ou machiavélisme de basse facture. Circulez, y a rien à savoir ! Salut.

Sneiba El Kory

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